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Crise écologique, crise des fondements de notre culture ?

vendredi 27 mai 2016, par Vittorio Hösle


 Introduction

par Charlotte Luyckx
La question qui sera travaillée dans le cadre de ce séminaire est la question du fondement : la transition de notre société vers la soutenabilité peut-elle se traduire uniquement dans les termes d’une gestion des ressources et des externalités environnementales ou, au contraire, une telle transition suppose-t-elle inexorablement une modification en profondeur des représentations du monde. Une lecture philosophique de la crise écologique nous mène assez rapidement à une réflexion sur les axiomes qui constituent le sol ontologique de la modernité : le dualisme homme /nature, articulé à un anthropocentrisme éthique, lui-même chevillé à une représentation instrumentale de la nature participe d’un mouvement de réification du monde naturel qui tranche avec les représentations prémodernes. L’homme postmoderne se retrouve ainsi comme suspendu à sa propre subjectivité, déraciné, amputé d’une relation signifiante au monde naturel. Dans ce contexte, Vittorio Hösle voit dans la transition écologique une opportunité : cette crise nous invite à reconquérir un foyer métaphysique. Mais comment une telle aspiration peut-être se traduire politiquement, dans un contexte sociétal marqué par le pluralisme et dans un contexte intellectuel marqué par la finitude de la raison et la crainte des totalitarismes ? En d’autres termes, si la crise écologique est pensée comme une crise des fondements de notre civilisation, comment encourager l’émergence de nouveaux axiomes qui soient compatibles non seulement avec les limites planétaires, mais également avec les libertés individuelles dans le contexte de nos sociétés plurielles ? (texte de l’introduction)

 Vittorio Hösle

Philosophe américain d’origine germano-italienne, né à Milan en 1960. Il est actuellement professeur à l’université Notre-Dame (USA). Ses domaines de recherche sont la philosophie systématique (métaphysique, éthique, esthétique et théorie politique) et l’histoire de la philosophie (surtout ancienne et moderne). Il met ses connaissances approfondies de la philosophique au service d’une réflexion portant sur la crise écologique (cf. notamment son ouvrage « Philosophie de la crise écologique », Payot, 2011). Il a publié 34 ouvrages (abondamment traduits dans plus de 20 langues) et aux alentours de 135 articles. Parmi les prix et reconnaissances reçues, il a été le récipiendaire du prix Fritz-Winter délivré par l’académie bavaroise des sciences. Il a enseigné dans de nombreuses institutions, notamment à la New York School for Social Research mais également à Naples, Princeton, Ulm, Essen, Porto Alegre, Trondheim ou Séoul.

 Table ronde

  • Paul-Marie Boulanger porte un regard de sociologue sur la question du jour. « Pour l’école sociologique qui s’inspire du Niklas Luhmann, il n’y a pas de « fondement » ultime à la société et celle-ci n’a pas d’ordinateur (encore moins d’ordonnateur) central où se formeraient et d’où émaneraient toutes les communications et tous les comportements et dont il suffirait de changer le programme pour que tout soit différent, meilleur, plus juste, plus éthique. » (texte intégral)
  • Isabelle Cassiers s’étonne de la position "pragmatique" que Vittorio Hösle a adoptée et présentée dans la seconde partie de son exposé : poursuite de la croissance économique dans une économie capitaliste encadrée par un État fort. Elle s’inspire plutôt de l’approche d’Elinor Ostrom et donne les exemples du Bouthan ou des multiples initiatives de transition pour indiquer que d’autres voies existent et sont probablement préférables.
  • Bernard Felz revient sur l’écart surprenant qu’il constate entre la pensée philosophique de l’orateur et les positions "pragmatiques" que Vittorio Hösle met en avant lors de ses multiples interventions dans les milieux politico-économiques.